Un témoignage de la bataille de Yorktown (1781)

Le récit suivant d'un témoin oculaire de la bataille de Yorktown a été enregistré par Joseph Plumb Martin, un fantassin de la Armée continentale:

« Le siège fut mené chaleureusement pendant plusieurs jours, pendant lesquels la plupart des canons des ouvrages ennemis furent réduits au silence. Nous entamons alors notre deuxième parallèle, à peu près à mi-chemin entre nos ouvrages et les leurs… Nous arrivons aux tranchées un peu avant le coucher du soleil. J'ai vu plusieurs officiers fixer des baïonnettes sur de longs bâtons. J’en conclus alors que nous étions sur le point de lancer un assaut général contre les ouvrages ennemis…

À la nuit tombée, le détachement se forma et s'avança au-delà des tranchées et se coucha sur le sol pour attendre le signal pour avancer vers l'attaque, qui devait être trois obus d'une certaine batterie près de l'endroit où nous nous trouvions… Notre mot d'ordre était «Rochambeau», le nom du commandant des forces françaises, un bon mot d'ordre, pour être prononcé Ro-sham-bow, il sonnait, quand on le prononçait rapidement, comme des rush-on-boys.

Nous n'étions pas restés ici longtemps avant que le signal attendu ne soit donné ... Nous nous sommes immédiatement dirigés silencieusement vers la redoute que nous devions attaquer, les mousquets déchargés. Au moment où nous sommes arrivés, l'ennemi nous a découverts et a directement ouvert un feu vif sur nous. Nous étions maintenant à un endroit où beaucoup de nos gros obus avaient éclaté dans le sol, faisant des trous suffisants pour enterrer un bœuf… Je pensais que les Britanniques nous tuaient à un rythme effréné…

Dès que les tirs ont commencé, nos gens se sont mis à crier : « Le fort est à nous ! » et c'était « Rush on boys »… Le fort fut pris et tout fut calme en très peu de temps. Immédiatement après que les tirs eurent cessé, je sortis pour voir ce qu'étaient devenus mon ami blessé et l'autre tombé dans le couloir. Ils étaient tous les deux morts. Dans le feu de l'action, j'ai vu un soldat britannique sauter par-dessus les murs du fort au bord de la rivière et descendre la berge, qui était presque perpendiculaire et haute de vingt ou trente pieds. Quand il est arrivé à la plage, il s'est enfui vers la ville, et s'il n'a pas fait bon usage de ses jambes, je n'ai jamais vu un homme qui le faisait.

Tous ceux qui participaient à l'action… furent exemptés de toute obligation supplémentaire cette nuit-là. Nous nous sommes allongés sur le sol et nous nous sommes reposés le reste de la nuit, comme le permettait une décharge constante de raisin et de mitraille… Nous sommes rentrés au camp tôt le matin, tous sains et saufs, à l'exception d'un de nos lieutenants, qui avait reçu une légère blessure au haut de l'épaule par un coup de mousquet. Sept ou huit hommes appartenant à l'infanterie furent tués et plusieurs blessés….

Nous étions de garde dans les tranchées 24 heures sur 48, et XNUMX heures au camp… Le plus gros inconvénient que nous avons ressenti était le manque de bonne eau, il n'y en avait pas près de notre campement mais des étangs à grenouilles désagréables où tous les chevaux du quartier étaient abreuvés, et nous ont été forcés de patauger dans l'eau dans les jupes des étangs, épais de boue et de saleté, pour atteindre l'eau de la manière la plus appropriée à l'usage, et celle pleine de grenouilles ...

Dans la matinée… J'étais assis sur le côté de la tranchée, quand des troupes new-yorkaises arrivaient, un des sergents s'approcha de la poitrine pour regarder autour de lui. L'ennemi lança un petit obus qui tomba sur l'extérieur des ouvrages; l'homme tourna son visage pour le regarder. A cet instant, un coup de feu de l'ennemi, qui visait sans doute pour lui en particulier, comme aucun autre n'était en vue d'eux, passa juste à côté de son visage sans le toucher du tout. Il est tombé mort dans la tranchée. J'ai mis ma main sur son front et j'ai trouvé que son crâne était brisé en morceaux et que le sang qui coulait de son nez et de sa bouche, mais pas une particule de peau n'était brisée. Je n'ai jamais vu un exemple comme celui-ci parmi tous les hommes que j'ai vus tués pendant toute la guerre.

Avant la nuit, nous avons été informés que les Britanniques s'étaient rendus et que le siège était terminé… Les Anglais sentaient leur honneur blessé, les Allemands ne se souciaient pas vraiment de savoir entre les mains où ils se trouvaient. Les Britanniques prêtèrent peu d'attention aux Américains lorsqu'ils les dépassèrent, mais ils regardait les Français avec une méchanceté considérable qui se reflétait dans leurs visages. Ils marchèrent jusqu'à l'endroit désigné et déposèrent leurs armes ; ils retournèrent ensuite à la ville de la même manière qu'ils étaient partis, sauf en étant dépouillés de leurs armes. Après que les prisonniers furent emmenés dans le pays, notre armée se sépara, les Français restant là où ils se trouvaient alors et les Américains marchant vers l'Hudson.

Pendant le siège, nous avons vu dans les bois des troupeaux de nègres que Lord Cornwallis… dans l'amour et la pitié d'eux, avait tourné à la dérive, sans autre récompense pour leur confiance en son humanité que la petite vérole pour leur générosité et la famine et la mort pour leur salaire … J'ai vu plusieurs de ces misérables livrés à leur maître; ils sont venus avant lui sous une crise très puissante de fièvre. Il leur a dit qu'il leur avait laissé le libre choix de l'accompagner ou de rester là où ils étaient, qu'il ne se blesserait pas un cheveu de leur tête s'ils retournaient avec lui à leur devoir. Si les pauvres âmes avaient reçu un sursis à la potence, elles n'auraient pas pu être plus ravies qu'elles ne paraissaient l'être de ce qu'il leur avait promis ... »