Charles Lee plaide pour l'indépendance (1776)

Cette lettre a été écrite par le général Charles Lee à Patrick Henry et était datée du 7 mai 1776. Dans la lettre, Lee plaide en faveur d'une déclaration immédiate d'indépendance. Henry avait précédemment soutenu que le mouvement vers l'indépendance devrait être retardé jusqu'à ce que le Congrès continental avait une meilleure compréhension des attitudes françaises, à la fois envers l'Amérique et la possibilité de se joindre à une guerre contre la Grande-Bretagne.

Monsieur le Président,

«Si je n'avais pas la plus haute opinion de votre caractère et de votre façon de penser libérale, je ne me risquerais pas à m'adresser à vous. Et si je n'étais pas également persuadé du grand poids et de l'influence que doivent naturellement conférer les capacités transcendantes que vous possédez, je ne me donnerais pas la peine d'écrire, ni vous la peine de lire cette longue lettre.

Depuis notre conversation d'hier, mes pensées n'ont été employées que sur la grande question de savoir si l'indépendance doit ou non être immédiatement déclarée. Après avoir pesé l'argument des deux côtés, je suis clairement d'avis que nous devons… sans tarder, déclarer l'indépendance. Si mes raisons semblent faibles, vous les excuserez… aucun homme sur ce continent ne sacrifiera plus que moi par la séparation. Mais si j'ai la chance de présenter des arguments qui ont échappé à votre compréhension… Je pense que j'aurai rendu le plus grand service à la communauté.

L'objection que vous avez faite hier… à une déclaration immédiate était, à de nombreux degrés, la plus spécieuse. En effet, c'est la seule tolérable que j'aie encore entendue. Vous dites, et avec une grande justice, que nous aurions dû auparavant sentir le pouls de la France et de l'Espagne. Je crois plus que… que cela a été fait… Mais, admettant que nous sommes totalement étrangers à leurs sentiments sur le sujet et que nous courons le risque que cette Déclaration soit froidement accueillie par ces puissances, telle est notre situation que le risque doit être aventuré…

Les chances les plus probables de notre succès [sont] fondées sur les certains avantages qui doivent se manifester dans un traité [français] d'alliance avec l'Amérique. La force et la faiblesse, l'opulence et la pauvreté de chaque État [américain] sont estimées à l'échelle de comparaison avec son rival immédiat. Le commerce supérieur et la force maritime de l'Angleterre étaient évidemment établis sur le monopole de son commerce américain. L'infériorité de la France, dans ces deux points capitaux, avait par conséquent sa source dans la même origine. Toute déduction de ce monopole doit faire tomber sa rivale au prorata de cette déduction…

Si l'on décide désormais d'attendre le résultat d'une précédente négociation formelle avec la France, il faudra attendre une année entière au-dessus de nos têtes avant que nous puissions en connaître le résultat. En attendant, nous devons lutter dans une campagne, sans armes, sans munitions, ni tout ce qui est nécessaire à la guerre. La disgrâce et la défaite s’ensuivront infailliblement ; les soldats et les officiers seront tellement déçus qu'ils abandonneront leurs couleurs et ne seront probablement jamais persuadés de faire un nouvel effort.

Mais il y a une autre considération encore plus convaincante. Je peux vous assurer que l'esprit du peuple réclame cette Déclaration. Les militaires, en particulier les hommes et les officiers, sont scandalisés sur le sujet. Et il n’est pas nécessaire de dire à un homme de votre excellent discernement à quel point il serait dangereux, dans les circonstances actuelles, de jouer avec l’esprit ou de décevoir les attentes de la majorité des gens. Le désespoir, l’anarchie et finalement la soumission ne peuvent-ils pas en être les fruits amers ? Je suis fermement persuadé qu'ils le feront

Dans cette persuasion, je prie le plus pieusement que vous puissiez non seulement recommander, mais imposer positivement des injonctions à vos serviteurs du Congrès pour qu'ils adoptent une mesure si nécessaire à notre salut.

Cordialement
Charles Lee