L'assemblée du Massachusetts proteste contre le Stamp Act (1765)

En octobre 1765, l'assemblée du Massachusetts écrivit au gouverneur colonial, Francis Bernard, au sujet du Stamp Act et des déclarations s'y opposant qui circulaient dans la colonie :

Que cela plaise à votre excellence,

« La Chambre des représentants a dûment examiné votre discours devant les deux chambres à l'ouverture de la session et aurait dû communiquer plus tôt à Votre Excellence nos sentiments à ce sujet…

Votre Excellence est heureuse de nous dire que des déclarations ont été faites… selon lesquelles la loi du Parlement accordant les droits de timbre dans les colonies ne sera pas exécutée dans la province. Nous ne connaissons pas de telles déclarations. Si des individus du peuple ont déclaré ne pas vouloir se soumettre au paiement des droits de timbre et ont choisi de laisser de côté toute affaire plutôt que de faire usage des papiers timbrés, puisque nous ne sommes pas responsables de telles déclarations, de même nous ne pouvons pas non plus on y voit quelque chose de criminel.

Cette maison n'a aucun pouvoir pour contrôler leur choix dans cette affaire. La loi ne les oblige pas à utiliser les papiers; il exige seulement le paiement de certains droits pour les papiers qu’ils sont susceptibles d’utiliser. De telles déclarations ont peut-être déjà été faites et peuvent encore subsister, de manière très cohérente avec le plus grand respect pour le roi et le parlement.

Vous avez le plaisir de dire que la Loi sur le timbre est une loi fédérale et doit donc être observée. Cette assemblée, monsieur, a trop de respect pour la législature suprême du pays pour remettre en question sa juste autorité. Il ne nous appartient nullement de prétendre ajuster les limites du pouvoir du parlement. Mais les limites sont sans aucun doute…

De plus, Votre Excellence nous dit que le droit du parlement de légiférer pour les colonies américaines reste incontestable à Westminster. Sans contester ce point, nous demandons simplement à observer que la charte de cette province confère à l’assemblée générale le pouvoir de légiférer pour son gouvernement et sa fiscalité internes; et que cette charte n'a encore jamais été confisquée. Le parlement a le droit de faire toutes les lois dans les limites de sa propre constitution; ils ne réclament plus.

Votre Excellence reconnaîtra qu'il existe certains droits originels inhérents au peuple, dont le Parlement lui-même ne peut pas le priver, conformément à sa propre constitution. Parmi ceux-ci figure le droit de représentation dans l'organisme même qui exerce le pouvoir de taxation.

Il est nécessaire que les sujets américains exercent ce pouvoir en eux-mêmes, sans quoi ils ne peuvent participer à ce droit essentiel, car ils ne sont pas représentés au parlement, et nous pensons en effet que cela est impossible.

L'affirmation de Votre Excellence nous porte à penser que vous êtes d'un autre avis sur ce point très matériel et que vous supposez que nous sommes représentés. Mais le sentiment de la nation elle-même semble toujours avoir été différent. Le droit des colonies de faire leurs propres lois et de se taxer n'a jamais été, à notre connaissance, mis en doute; mais a été constamment reconnu par le roi et le parlement.

Notre devoir envers le roi, qui tient pour sacrés les droits de tous ses sujets comme sa propre prérogative, ainsi que notre amour envers nos électeurs et notre souci de leurs intérêts les plus chers, nous obligent à être explicites à cette occasion très importante. Nous prions Votre Excellence de considérer les habitants de cette province comme ayant la plus forte affection pour Sa Majesté, sous l'heureux gouvernement de laquelle ils ont ressenti tous les bienfaits de la liberté : ils ont un sens chaleureux de l'honneur, de la liberté et de l'indépendance de la sujets d’un roi patriote… »